Inhibiteurs de la HMG-CoA réductase (statines)

Tableau résumé

Molécule Child A Child B Child C
Atorvastatine Initier à faible dose Non recommandé Non recommandé
Fluvastatine Initier à faible dose Initier à faible dose Absence de données
Lovastatine Absence de données Absence de données Absence de données
Pravastatine Initier à faible dose Absence de données Absence de données
Rosuvastatine Sécuritaire Initier à faible dose Absence de données
Simvastatine Utiliser avec précaution Utiliser avec précaution Non recommandé
  • Atorvastatine :
    • Intervalle thérapeutique habituel : 10 à 80 mg per os die
    • Formulations disponibles au Canada : comprimés à libération immédiate 10, 20, 40 et 80 mg
  • Fluvastatine :
    • Intervalle thérapeutique habituel : 20 à 80 mg per os die
    • Formulations disponibles au Canada : capsules à libération immédiate 20 et 40 mg, comprimé à libération prolongée 80 mg
  • Lovastatine :
    • Intervalle thérapeutique habituel : 20 à 80 mg per os die
    • Formulations disponibles au Canada : comprimés à libération immédiate de 20 et 40 mg
  • Pravastatine :
    • Intervalle thérapeutique habituel : 10 à 80 mg per os die
    • Formulations disponibles au Canada : comprimés à libération immédiate de 10, 20 et 40 mg
  • Rosuvastatine :
    • Intervalle thérapeutique habituel : 5 à 40 mg per os die
    • Formulations disponibles au Canada : comprimés à libération immédiate 5, 10, 20 et 40 mg
  • Simvastatine :
    • Intervalle thérapeutique habituel : 5 à 80 mg per os die
    • Formulations disponibles au Canada : comprimés à libération immédiate 5, 10, 20, 40 et 80 mg

Pharmacodynamie

Certaines statines sont des promédicaments. Il a été démontré que certains patients cirrhotiques ont une fonction enzymatique diminuée de la carboxylestérase 1 (nécessaire à la bioactivation). L’effet de la cirrhose sur la bioactivation est très mal décrit dans la littérature (Yang 2011, Aljutayli 2016)

La dose désirée d’une statine peut varier selon l’indication. Par exemple, dans le contexte du traitement de la dyslipidémie, la dose de la molécule peut être ajustée selon le bilan lipidique. Par contre, des statines à haute dose sont utilisées lors d’évènements macrovasculaires tel que pour l’infarctus du myocarde ou les accidents vasculaires cérébraux. Il est important de tenir compte des changements pharmacocinétiques des statines chez les patients cirrhotiques lorsqu’une haute dose est indiquée. Dans ce cas, il serait prudent de choisir une molécule moins affectée par la cirrhose ou d’ajuster la dose en fonction des modifications pharmacocinétiques. Il faut cependant rappeler que les patients souffrant de cirrhose ont été exclus des études évaluant les bénéfices des statines en maladie cardiovasculaire. (Wright 2015)

Selon les monographies, toutes les statines sont contre-indiquées lorsqu’il y a une atteinte aiguë du foie ou une élévation inexplicable des enzymes hépatiques. La cirrhose compensée n’est pas une contre-indication à l’utilisation de cette classe médicamenteuse. Le risque d’hépatotoxicité associé aux statines n’est pas augmenté chez la population cirrhotique lorsqu’il est comparé à celui de la population générale. (Wright 2015) (Bays et coll. 2014)

Molécules

Atorvastatine

Absorption

Comprimé : libération immédiate

Biodisponibilité absolue (molécule mère) : 12%
Tmax : 1 à 2 heures
Cmax : 13 à 25,2 ng/mL (doses multiples de 40 mg), 54,6 ng/mL (doses multiples de 80 mg)
ASC0-24 : 72 à 142 ng x hr/mL (doses multiples de 40 mg), 270 ng x hr/mL (doses multiples de 80 mg)


Insuffisance hépatique

Child A :
Cmax : ↑ 4.0 fois
ASC : ↑ 4.0 fois

Child B :
Cmax : ↑ 16.0 fois
ASC : ↑ 11.0 fois

Child C : absence de données

Distribution

Fraction liée : ≥ 98 %
Volume de distribution : 381 L


Insuffisance hépatique

Absence de données

Métabolisme

Voie métabolique : CYP3A4
Métabolites actifs : oui (70% de l’activité de la molécule attribuée aux métabolites actifs)


Insuffisance hépatique

Absence de données

Élimination

Élimination :
Principalement biliaire (sans recirculation EH significative)
Dans l’urine (< 2% - inchangé)

Demi-vie :
Molécule mère : 14 heures
Métabolites actifs : 20 à 30 heures


Insuffisance hépatique

Absence de données

Recommandations de la monographie

Les concentrations plasmatiques d’atorvastatine sont nettement supérieures (multipliées par 16 environ pour la Cmax et 11 pour l'ASC) chez les patients atteints d'une maladie hépatique alcoolique chronique (stade B de Childs-Pugh).

Les données de pharmacocinétique de l’atorvastatine en cirrhose sont disponibles dans le tableau ci-haut.

Dans l’étude de Bishnu et collaborateurs, l’effet de l’atorvastatine (avec ou sans propranolol) a été évalué pour le traitement de l’hypertension portale. Au total, 11 patients ont reçu de l’atorvastatine 20 mg par la bouche une fois par jour (en combinaison avec du propranolol)

Le score Child-Pugh médian était de 6 (entre 5 et 9). Le médicament a été administré durant environ 1 an. Ces patients ont reçu la statine durant un an. Les auteurs ont conclu que la combinaison atorvastatine et propranolol est plus efficace pour diminuer le gradient de pression veineuse hépatique comparativement au propranolol seul. Cependant, la combinaison des deux médicaments n’était pas plus efficace pour les issus cliniques (saignement des varices œsophagiennes, encéphalopathie hépatique, péritonite bactérienne spontanée et mortalité). Il n’y a aucune mention de toxicité ou d’effets secondaires chez les deux groupes étudiés. Il est à noter que les patients avec un antécédent de rhabdomyolyse ont également été exclu de l’étude. (Bishnu et coll. 2017)

Un rapport de cas de rhabdomyolyse chez une patiente cirrhotique a été répertorié dans la littérature. Les auteurs ne mentionnent malheureusement pas le score Child-Pugh de la patiente. Elle prenait une dose d’atorvastatine de 40 mg par la bouche une fois par jour malgré son diagnostic de cirrhose ayant eu lieu 6 mois avant l’apparition du désordre musculaire. (Eshraghian 2012)

L’utilisation de l’atorvastatine chez les patients souffrant de cirrhose légère semble sécuritaire. Cependant, étant donné les altérations pharmacocinétiques de la molécule, une dose maximale de 20 mg par la bouche une fois par jour devrait être utilisée. Il faudrait faire preuve de précaution lors de l’utilisation de la molécule, même en présence de cirrhose de score Child-Pugh A. En présence de cirrhose modérée, les augmentations d’ASC sont tellement importantes qu’une dose réduite pourrait mener à une exposition excessive de la molécule. À notre avis, en présence de cirrhose modérée à sévère, l’atorvastatine ne devrait pas être utilisée.

Fluvastatine

Absorption

Gélule à libération immédiate (20 mg, 40 mg) :
Biodisponibilité absolue : 24%
Tmax : 1,2 ± 0,7 heures (dose unique de 40 mg)
Cmax : 273 ± 189 ng/mL (dose unique de 40 mg)
ASC0-∞ :456 ± 259 ng x hr/mL (dose unique de 40 mg)

**Administration avec repas ↓Cmax x 2 mais ↑Tmax x 2 (peu d’effet sur l’absorption totale)


Insuffisance hépatique

Classe Child-Pugh non spécifiée (dose unique de 40 mg)
Cmax : ↑ 2.5 fois ou 683 ng/mL
ASC0-∞ : ↑ 2.5 fois ou 795 ng x hr/mL
Tmax : Aucune différence comparativement aux sujets sains

Distribution

Fraction liée : 98 %
Volume de distribution : 0,35 L/kg


Insuffisance hépatique

Volume de distribution : ↓ 31%

Métabolisme

Voies métaboliques : 2C9 (75 %), 3A4 (20 %), 2C8 (5 %)
Métabolites actifs : oui


Insuffisance hépatique

Absence de données

Élimination

Élimination :
Principalement fécale (90% dans les selles sous forme de métabolites, <
2% inchangé)
Rénale (5% dans l’urine)

Demi-vie : 2,7 ± 1,3 heures (libération immédiate), 9 heures (libération prolongée)


Insuffisance hépatique

Clairance plasmatique : ↓ 28%
Demi-vie : pas de différence comparativement aux sujets sains

Recommandations de la monographie

La fluvastatine, comme tout autre inhibiteur de l’HMG-CoA réductase, doit être utilisé avec prudence chez les patients qui consomment beaucoup d’alcool ou qui présentent des antécédents de maladie hépatique.

Dans une étude de Smith et collaborateurs, 11 patients cirrhotiques (score Child-Pugh ≤ 10) et 11 patients sains ont reçu une dose unique de fluvastatine 40 mg par la bouche. La Cmax et l’ASC0-∞ mesurés chez les patients cirrhotiques étaient environ 2.5 fois plus élevés comparativement aux patients sains (683 ng/mL et 269 ng/mL pour le Cmax, 795 ng x h/mL et 304 ng x h/mL pour l’ASC). Il n’y a avait aucune différence pour le Tmax moyen entre les deux groupes, ni pour le temps de demi-vie. La clairance plasmatique et le volume de distribution étaient diminués d’environ 28% et 31% respectivement en présence de cirrhose. Il est important de noter que les patients avec un score Child-Pugh C (score > 10) ont été exclus de cette étude, alors aucun paramètre pharmacocinétique n’a été évalué chez cette population. Les effets indésirables n’ont pas été évalués. (Smith et coll. 1993)

Un rapport de cas décrit une rhabdomyolyse fatale suite au changement de simvastatine 20 mg/jour à fluvastatine 20 mg/jour chez un patient cirrhotique Child C âgé de 56 ans. (Baek et coll. 2011)

L’utilisation de la fluvastatine chez les patients souffrant de cirrhose légère à modérée semble sécuritaire. Cependant, étant donné les altérations pharmacocinétiques de la molécule, une dose maximale de 40 mg par la bouche une fois par jour devrait être utilisée. Il faudrait faire preuve de précaution lors de l’utilisation de la molécule, même en présence de cirrhose de score Child-Pugh A. Aucune information n’a été répertoriée sur l’utilisation de cette molécule en cirrhose sévère.

Lovastatine

Absorption

Comprimé : libération immédiate

Biodisponibilité : 5 à 18%
Tmax : 2 à 4 heures


Insuffisance hépatique

Absence de données

Distribution

Fraction liée : > 95 %


Insuffisance hépatique

Absence de données

Métabolisme

Voie métabolique : métabolisé au CYP 3A4
Métabolites actifs : oui


Insuffisance hépatique

Absence de données

Élimination

Élimination :
Principalement fécale (83% dans les selles)
Rénale (10% dans l’urine)

Demi-vie : 1,0 à 1,7 heures


Insuffisance hépatique

Absence de données

Recommandations de la monographie

Comme les autres inhibiteurs de l’HMG-CoA réductase, la lovastatine devrait être administré avec prudence aux patients qui consomment des quantités importantes d’alcool ou qui ont des antécédents de maladie hépatique, ou qui présentent ces deux caractéristiques à la fois. Une affection hépatique évolutive ou une élévation inexpliquée des transaminases sériques sont des contre-indications à l’administration de la lovastatine; si l’un de ces troubles survient au cours du traitement, on doit interrompre la prise du médicament.

Aucune étude évaluant la pharmacocinétique de la lovastatine chez les patients cirrhotiques n’a été retrouvée dans la littérature.

Aucune étude ayant évalué l’apparition d’effets indésirables chez les patients cirrhotiques prenant de la lovastatine n’a été retrouvée dans la littérature.

Pravastatine

Absorption

Comprimé : libération immédiate

Biodisponibilité : 17 %
Tmax : 1 à 1.5 heures
Cmax : 64,1 µg/L (doses multiples de 40 mg po die)
ASC : 152,2 µg x h/L (dose multiples de 40 mg po die)


Insuffisance hépatique

Cirrhose (Classe Child-Pugh non spécifiée) :
Cmax : ↑ 1,34 fois
Tmax : ↑ 1,52 fois

Distribution

Fraction liée : ~ 50 %
Volume de distribution : 0,46 L/kg


Insuffisance hépatique

Absence de données

Métabolisme

Environ 50% de la dose orale est métabolisé
Voie métabolique : hydrolyse par l’acide gastrique, métabolisé au CYP 3A4 (voie métabolique mineure)


Insuffisance hépatique

Absence de données

Élimination

Élimination :
Principalement fécale (70% dans les selles)
Rénale (20% dans l’urine)

Demi-vie : 1,5 à 2 heures


Insuffisance hépatique

Absence de données

Recommandations de la monographie

Chez les patients ayant des antécédents de dysfonctionnement rénal ou hépatique, on recommande une dose de départ de 10 mg par jour.

Aucune étude évaluant la pharmacocinétique de la pravastatine chez les patients cirrhotiques n’a été retrouvée dans la littérature.

Dans l’étude de Lewis et collaborateurs, l’efficacité et l’innocuité de la pravastatine chez les patients ayant une maladie hépatique chronique compensée a été évaluée. Au total, 5 patients souffrant d’une cirrhose Child-Pugh A ont reçu de la pravastatine 80 mg par la bouche une fois par jour (sur les 163 patients recrutés dans le groupe statine). Les patients avec un score Child-Pugh supérieur à 5 ont été exclu de l’étude. Le traitement s’est avéré efficace pour diminuer le taux de LDL-C, le cholestérol total et des triglycérides. L’incidence de l’augmentation des ALT n’était pas différente entre le groupe traité et le groupe placebo. Dans l’étude, il y a eu 2 cas de myalgies et aucun cas de rhabdomyolyse chez les patients sous statine. Il n’est pas possible de savoir si c’était chez les patients cirrhotiques. Les auteurs concluent que le traitement est sécuritaire chez la population étudiée. (Lewis 2007)

Les doses de pravastatine utilisées en pratique s’approchent rarement de 80 mg/jour. De plus, les données pharmacocinétiques montrent une augmentation du Cmax en maladie hépatique de l’ordre de 1,5 fois la valeur normale.

Dans cette optique, nous pourrions extrapoler que l’utilisation de plus faible doses (10 à 20 mg par jour) serait probablement sécuritaire chez les patients atteints d’une cirrhose hépatique légère.

Rosuvastatine

Absorption

Comprimé : libération immédiate

Biodisponibilité : 20 %
Tmax = 3 à 5 heures
Cmax = 6,02 ng/mL (doses multiples de 10 mg)
ASC0-24 = 60,7 ng x h/mL (doses multiples de 10 mg)


Insuffisance hépatique

Child A :
Cmax = 9,29 ng/mL (↑ 1,60 fois)
Tmax = 1,5 heures
ASC0-24 = 63,7 ng x h/mL (↑ 1,05 fois)

Child B : Cmax = 12,8 ng/mL (↑ 2,0 fois)
Tmax = 2,5 heures
ASC0-24 = 73,3 ng x hr/mL (↑ 1,21 à 4 fois selon score numérique)

Child C: Absence de données

Distribution

Fraction liée : 90%
Volume de distribution : 134 L


Insuffisance hépatique

Absence de données

Métabolisme

Voie métabolique : CYP2C9
Métabolites actifs : N-desméthyl-rosuvastatine


Insuffisance hépatique

Absence de données

Élimination

Élimination :
Principalement fécale (90% dans les selles)
Rénale (10% dans l’urine)

Demi-vie : 19 heures


Insuffisance hépatique

Fraction d’excrétion dans l’urine (inchangé) :
Child A : 4,91% (↓ 15%)
Child B : 4,85% (↓ 17%)

Recommandations de la monographie

La gamme posologique habituelle s'applique aux cas d'insuffisance hépatique légère à modérée. Cependant, en présence d'insuffisance hépatique grave, une exposition générale accrue a été observée; la dose de rosuvastatine ne doit donc pas dépasser 20 mg une fois par jour chez ces patients.

Dans l’étude de Simonson et collaborateurs, la pharmacocinétique de la rosuvastatine a été évaluée chez les patients cirrhotiques. Une dose de 10 mg par la bouche de rosuvastatine a été administrée durant 14 jours à 6 patients sains, 6 patients avec une cirrhose légère et 6 patients avec une cirrhose modérée. Comparativement aux sujets sains, l’ASC0-24h était augmentée de 5 % en cirrhose Child-Pugh A et de 21 % en Child-Pugh B. Pour la Cmax, elle était augmentée de 54 % en cirrhose légère et de 113 % en cirrhose modérée. Cependant, en regardant les données de plus près, le patient avec le score Child-Pugh le plus élevé (9) a eu l’augmentation d’ASC0-24h la plus importante (environ 4 fois plus élevée que chez les sujets sains). Tous les patients ont bien toléré la molécule. (Simonson et coll. 2003)

La cirrhose légère ne semble pas avoir d’effet significatif sur la cinétique de cette statine. Il faudrait cependant faire preuve de prudence lors de l’utilisation de la rosuvastatine chez les patients avec une cirrhose Child-Pugh B, car des augmentations importantes de l’ASC ont été observées. Il serait prudent d’initier la thérapie à faible dose et de ne pas dépasser 10 à 20 mg par jour chez ces patients.

Aucune donnée chez les patients atteints de cirrhose sévère (Child-Pugh C) n’a été retrouvée.

Simvastatine

Absorption

Comprimé : libération immédiate

Biodisponibilité : < 5%
Tmax : 1,3 à 2,4 heures
Cmax : 3.24 ± 1.73 ng/ml (dose unique de 40 mg)
ASC0-∞ : 11.67 + 5.64 ng x h/ml (dose unique de 40 mg)


Insuffisance hépatique

Absence de données

Distribution

Fraction liée : ~ 95%


Insuffisance hépatique

Absence de données

Métabolisme

Voie métabolique : CYP 3A4
Métabolites actifs : β-hydroxy-simvastatine


Insuffisance hépatique

Absence de données

Élimination

Élimination:
Dans l’urine (13 %)
Dans les selles (60 %)

Demi-vie : 1,9 heures


Insuffisance hépatique

Absence de données

Recommandations de la monographie

La simvastatine est contre-indiqué chez les patients présentant une affection hépatique évolutive pouvant inclure une élévation persistante et inexpliquée des transaminases hépatiques.

Aucune étude évaluant la pharmacocinétique de la simvastatine chez les patients cirrhotiques n’a été retrouvée dans la littérature.

Une étude randomisée contrôlée a évalué l’utilisation de la simvastatine dans le traitement de l’hypertension portale chez les patients cirrhotiques. Parmi les 55 patients inclus dans l’étude, 28 ont reçu la simvastatine (18 Child A, 10 Child B et aucun patient Child C). Selon le protocole de l’étude, la simvastatine était débutée à une dose de 20 mg par la bouche une fois par jour puis était augmentée à 40 mg une fois par jour après 15 jours. La durée de traitement était de 30 ± 4 jours. Dans le groupe sous statine, 3 patients ont développé des effets indésirables (comparativement à 7 dans le groupe placebo). Les 3 effets secondaires rapportés étaient de la faiblesse musculaire, une exacerbation de l’ascite (causée par un hydrothorax) et des étourdissements. Au niveau des laboratoires, dans le groupe simvastatine, à la fin des 15 jours de simvastatine 40 mg, il y a eu un cas d’augmentation des AST de plus de 2 fois la limite supérieure normale et deux cas d’augmentations des CK de plus de 2 fois la limite supérieure normale (comparativement à un cas d’augmentation des AST et un cas d’augmentation des CK dans le groupe placebo). Aucun patient n’a eu à arrêter le traitement durant l’étude.

Les auteurs ont conclu que la simvastatine est efficace pour diminuer le gradient de pression veineuse hépatique et améliorer la perfusion hépatique. L’effet serait additif à celui des béta-bloqueurs. (Abraldes et coll. 2009)

Dans une autre étude évaluant la simvastatine chez les patients cirrhotiques sur le risque d’hémorragie variqueuse, 69 patients ont reçu de la simvastatine. Les patients dans le groupe sous statine avaient un score Child moyenne de 7.93 (10 Child A, 47 Child B et 12 Child C). Le même protocole a été utilisé que dans l’étude précédente (simvastatine 20 mg per os une fois par jour pour 15 jours suivi de 40 mg une fois par jour pour une période allant jusqu’à 2 ans). Les auteurs n’ont pas observé une diminution du risque de saignement dans le groupe sous statine. Les effets secondaires rapportés chez les patients traités n’ont pas été statistiquement différents de ceux du groupe placebo. Selon les auteurs, la plupart des effets secondaires observés dans les deux groupes était associée à la progression de la cirrhose. Cependant, dans le groupe simvastatine, un cas d’augmentation des transaminases de plus de 3 fois la limite supérieure normale a été observée. Également, deux cas de rhabdomyolyse ont eu lieu chez des patients prenant la statine. Il n’y avait aucune interaction pharmacologique qui aurait pu expliquer la rhabdomyolyse. La classification de la cirrhose de ces patients n’est pas mentionnée. Les auteurs concluent que la simvastatine est sécuritaire pour la plupart des patients cirrhotiques mais une certaine précaution devrait être de mise chez les patients avec une cirrhose sévère avec un niveau de bilirubine élevé. (Abraldes 2016)

Dans l’étude de Pollo-Flores et collaborateurs, l’utilisation de la simvastatine 40 mg par la bouche une fois par jour pendant 3 mois a été évalué pour le traitement de l’hypertension portale chez les cirrhotiques. Au total, 14 patients (8 patients Child A, 5 Child B et 1 Child C) ont reçu la statine. Les auteurs concluent que la simvastatine est efficace pour diminuer la pression portale. En général, les patients traités n’ont pas eu plus d’effets secondaires que ceux du groupe placebo. Aucun effet secondaire grave n’a été rapporté. Il y a eu 4 effets secondaires rapportés dans le groupe simvastatin (1 cas de myalgie, de diarrhée, de douleur rétrosternale et d’épistaxis). Aucune augmentation des transaminases hépatiques n’a été notée. (Pollo-Flores et coll. 2015)

Les données cliniques suggèrent que la simvastatine est sécuritaire à une dose de 40 mg/jour pour les patients Child A et B. Cependant, des cas de rhabdomyolyse chez les patients souffrant de cirrhose sévère limite son utilisation dans ce contexte.

Même si la simvastatine est la statine ayant le plus de données en contexte de cirrhose, il faut faire preuve de précaution lors de son utilisation.

Références

  1. Crestor. Dans : Association des pharmaciens du Canada. RxTx. [En ligne]. Ottawa (ON): L’Association; [cité le 11 mai 2018]. Disponible: https://www.e-therapeutics.ca/.
  2. Zocor. Dans : Association des pharmaciens du Canada. RxTx. [En ligne]. Ottawa (ON) : L’Association; [cité le 11 mai 2018]. Disponible: https://www.e-therapeutics.ca/.
  3. Pravachol. Dans : Association des pharmaciens du Canada. RxTx. [En ligne]. Ottawa (ON) : L’Association; [cité le 11 mai 2018]. Disponible: https://www.e-therapeutics.ca/.
  4. Lescol/Lescol XL. Dans : Association des pharmaciens du Canada. RxTx. [En ligne]. Ottawa (ON) : L’Association; [cité le 11 mai 2018]. Disponible: https://www.e-therapeutics.ca/.
  5. Lipitor. Dans : Association des pharmaciens du Canada. RxTx. [En ligne]. Ottawa (ON) : L’Association; [cité le 11 mai 2018]. Disponible: https://www.e-therapeutics.ca/.
  6. ATORVASTATIN. Dans : DRUGDEX® [En ligne]. Ann Arbor (MI): Truven Health Analytics; c2018. [consulté le 11 Mai 2018]. Disponible : http://www.micromedexsolutions.com/
  7. ATORVASTATIN. Dans : Lexi-Drugs® [En ligne]. Hudson (OH): Wolters Kluwer; c2018. [consulté le 11 mai 2018]. Disponible : http://www.lexi.com
  8. FLUVASTATIN. Dans : DRUGDEX® [En ligne]. Ann Arbor (MI): Truven Health Analytics; c2018. [consulté le 11 Mai 2018]. Disponible : http://www.micromedexsolutions.com/
  9. FLUVASTATIN. Dans : Lexi-Drugs® [En ligne]. Hudson (OH): Wolters Kluwer; c2018. [consulté le 11 mai 2018]. Disponible : http://www.lexi.com
  10. LOVASTATIN. Dans : Lexi-Drugs® [En ligne]. Hudson (OH): Wolters Kluwer; c2018. [consulté le 11 mai 2018]. Disponible : http://www.lexi.com
  11. PRAVASTATIN. Dans : DRUGDEX® [En ligne]. Ann Arbor (MI): Truven Health Analytics; c2018. [consulté le 11 Mai 2018]. Disponible : http://www.micromedexsolutions.com/
  12. PRAVASTATIN. Dans : Lexi-Drugs® [En ligne]. Hudson (OH): Wolters Kluwer; c2018. [consulté le 11 mai 2018]. Disponible : http://www.lexi.com
  13. ROSUVASTATIN. Dans : DRUGDEX® [En ligne]. Ann Arbor (MI): Truven Health Analytics; c2018. [consulté le 11 Mai 2018]. Disponible : http://www.micromedexsolutions.com/
  14. ROSUVASTATIN. Dans : Lexi-Drugs® [En ligne]. Hudson (OH): Wolters Kluwer; c2018. [consulté le 11 mai 2018]. Disponible : http://www.lexi.com
  15. SIMVASTATIN. Dans : DRUGDEX® [En ligne]. Ann Arbor (MI): Truven Health Analytics; c2018. [consulté le 11 Mai 2018]. Disponible : http://www.micromedexsolutions.com/
  16. SIMVASTATIN. Dans : Lexi-Drugs® [En ligne]. Hudson (OH): Wolters Kluwer; c2018. [consulté le 11 mai 2018]. Disponible : http://www.lexi.com
  17. Rosuvastatin: Drug Information. UpToDate [Internet]. Uptodate.com. 2018 [cité le 11 mai 2018]. Disponible : https://www.uptodate.com/.
  18. Simvastatin: Drug Information. UpToDate [Internet]. Uptodate.com. 2018 [cité le 11 mai 2018]. Disponible : https://www.uptodate.com/.
  19. Yang YH, Aloysius H, Inoyama D et coll. Enzyme-mediated hydrolytic activation of prodrugs. Acta Pharmaceutica Sinica B. 2011;1(3):143-159
  20. Aljutayli A. Effect of Disease State on Human Carboxylesterase 1 Expression and Activity. Open Access Master’s Theses. 2016;892:1-42.
  21. Wright AP, Adusumalli S, Corey KE. Statin therapy in in patients with cirrhosis. Frontline Gastroenterol. 2015;6:255-61.
  22. Bays H, Cohen DE, Chalasani N et coll. An assessment by the Statin Liver Safety Task Force: 2014 Update. J Clin Lipidol. 2014;8(3S):S47-57.
  23. Lins RL, Matthys KE, Verpooten GA et coll. Pharmacokinetics of atorvastatin and its metabolites after single and multiple dosing in hypercholesterolemic haemodialysis patients. Nephrol Dial Transplant 2003; 18:967-976.
  24. Bishnu S, Ahammed SKM, Sarkar A et coll. Effects of atorvastatin on portal hemodynamics and clinical outcomes in patients with cirrhosis with portal hypertension: a proof-of-concept study. Eur J Gastroenterol Hepatol. 2017.
  25. Eshraghian A, Kamyab AA. Rhabdomyolysis developing secondary to atorvastatin therapy in a patient with liver cirrhosis. Intern Med. 2013;52(7):823-5.
  26. Baek SD, Jang SJ, Park SE et coll. Fatal Rhabdomyolysis in a Patient with Liver Cirrhosis after Switching from Simvastatin to Fluvastatin. J Korean Med Sci. 2011;26(12):1634-37.
  27. Smith HT, Jokubaitis LA, Troendle AJ et coll. Pharmacokinetics of Fluvastatin and Specific Drug Interactions. Am J Hypertens. 1993 Nov;6(11 Pt 2):375S-382S.
  28. Quion JAV, Jones PH. Clinical pharmacokinetics of pravastatin. Clin Pharmacokinet. 1994;27(2):94-103.
  29. Hatanaka T. Clinical pharmacokinetics of pravastatin. Clin Pharmacokinet. 2000;39(6):397-412.
  30. Lewis JH, Mortensen ME, Zweig S, Fusco MJ, Medoff JR, Belder R; Pravastatin in Chronic Liver Disease Study Investigators. Efficacy and safety of high-dose pravastatin in hypercholesterolemic patients with well-compensated chronic liver disease: Results of a prospective, randomized, double-blind, placebo-controlled, multicenter trial. Hepatology. 2007 Nov;46(5):1453-63.
  31. Martin PD, Warwick MJ, Dane AL et coll. Metabolism, excretion, and pharmacokinetics of rosuvastatin in healthy adult male volunteers. Clinical Therapeutics. 2003 Nov; 25(11):2822-35.
  32. Simonson SG, Martin PD, Mitchell P et coll. pharmacokinetics and pharmacodynamics of rosuvastatin in subjects with hepatic impairment. Eur J Clin Pharmacol. 2003 Jan; 58(10):669-75.
  33. Najib NM, Idkaidek N, Adel A et coll. Pharmacokinetics and bioequivalence evaluation of two simvastatin 40 mg tablets (Simvast & Zocor) in healthy human volunteers. Biopharm Drug Dispos. 2003;24:183-9.
  34. Abraldes JG, Albillos A, Bañares R et coll. Simvastatin Lowers Portal Pressure in Patients with Cirrhosis and Portal Hypertension: A Randomized Controlled Trial. Gastroenterology. 2009;136(5):1651-8.
  35. Abraldes JG, Villanueva C, Aracil C et coll. Addition of simvastatin to standard therapy for the prevention of variceal rebleeding does not reduce rebleeding but increases survival in patients with cirrhosis. Gastroenterology. 2016 May 1;150(5):1160-70.
  36. Pollo-Flores P, Soldan M, Santos UC et coll. Three months of simvastatin therapy vs. placebo for severe portal hypertension in cirrhosis: a randomized controlled trial. Digestive and Liver Disease. 2015 Nov 1;47(11):957-63.